par Tim Reid
Les élections de mi-mandat désormais derrière eux, les démocrates ont déjà les yeux rivés sur la primaire présidentielle pour 2028 qui pourrait s'avérer la plus encombrée et la plus imprévisible depuis des décennies, tout en mettant en lumière les clivages qui traversent le parti.
Dans le camp républicain, l'urgence pour beaucoup est de parvenir à se démarquer d'un Donald Trump lessivé par le résultat des élections de mi-mandat.
Aucun démocrate ne s'est imposé pour l'heure comme favori incontesté dans une course susceptible d'attirer des dizaines de prétendants face à des républicains qui disposent d'un panel plus restreint de personnalités régulièrement citées pour succéder au président Donald Trump, au premier rang desquelles le vice-président J.D. Vance et le secrétaire d'État Marco Rubio.
Les démocrates susceptibles de se porter candidats, notamment des gouverneurs et des sénateurs en exercice, passent depuis des mois du temps à mobiliser les donateurs, à se rendre dans les États organisant les premiers scrutins des primaires et à accroître leur notoriété nationale, se positionnant en vue d'une campagne qui, selon les stratèges, devrait véritablement débuter maintenant que les élections de mi-mandat sont achevées.
Les multiples victoires obtenues mardi par les démocrates vont intensifier les débats au sein des deux partis sur la manière de convaincre un électorat mécontent de la direction prise par le pays.
Malgré leurs succès éclatants mardi, les démocrates abordent la campagne de 2028 divisés entre un recentrage politique et un virage plus à gauche sur des sujets allant de la santé et de la fiscalité aux questions de police et de politique étrangère.
Les candidats républicains seront confrontés à un défi différent: comment prendre leurs distances avec Donald Trump après le rejet de ses politiques lors du scrutin de mardi. Ils doivent élargir leur audience au-delà de la base électorale du président tout en évitant de rompre avec le mouvement populiste Make America Great Again (MAGA), qui a phagocyté le parti.
Donald Trump, qui domine la vie politique américaine depuis une décennie, aura sans doute du mal à s'effacer et l'influence qu'il continue d'exercer sur les partisans du mouvement MAGA pourrait compliquer la tâche du futur porte-étendard du parti.
UNE BATAILLE INTENSE EN PERSPECTIVE
Doug Sosnik, stratège démocrate, souligne que progressistes et modérés revendiqueront chacun la validation par les électeurs de leurs approches idéologiques, augurant d'une bataille intense sur l'avenir du parti alors que la course à 2028 entre véritablement dans sa phase préparatoire.
L'une des victoires progressistes les plus marquantes est sans doute celle d'Abdul El-Sayed dans le Michigan où il a facilement écarté le républicain Mike Rogers, devenant le premier musulman élu au Sénat américain.
"Toutes les sensibilités du Parti démocrate peuvent trouver dans les résultats des motifs de satisfaction", note Doug Sosnik. "Je ne pense pas que quiconque puisse, ni même doive, tenter de contenir les divergences qui existent dans notre parti."
Selon Doug Sosnik, le Parti démocrate n'a pas véritablement débattu de sa philosophie et de son orientation depuis 2016, lorsque Hillary Clinton avait remporté une investiture accrochée face au sénateur Bernie Sanders, indépendant du Vermont qui se présente comme un socialiste démocratique.
Plusieurs candidats potentiels ont admis qu'ils réfléchissaient à une candidature à la Maison blanche ou refusé d'exclure cette possibilité. La plupart ont passé les dernières semaines à faire campagne pour d'autres démocrates dans les premiers États appelés à voter, comme le Nevada, le New Hampshire et la Caroline du Sud.
Parmi eux figurent l'ancienne vice-présidente Kamala Harris, battue par Donald Trump en 2024, les gouverneurs Gavin Newsom, de Californie, et Andy Beshear, du Kentucky, l'ancien secrétaire aux Transports Pete Buttigieg, ainsi que la représentante Alexandria Ocasio-Cortez, de New York, figure de proue de l'aile progressiste.
Reuters a contacté les représentants de neuf des personnalités les plus en vue susceptibles de briguer l'investiture démocrate. Aucun n'a confirmé son intention de se présenter en 2028.
Neuf jours après les élections du 3 novembre, plusieurs démocrates susceptibles de se lancer dans la course, dont Pete Buttigieg et une autre figure progressiste, le représentant californien Ro Khanna, doivent participer à une réunion à Denver organisée par Majority Democrats.
Ce groupe, soutenu principalement par des démocrates modérés et par le milliardaire Steve Mandel, plaide pour l'émergence de dirigeants plus jeunes et pour un programme du parti plus centriste.
Jake Auchincloss, représentant du Massachusetts et président du groupe, a déclaré que cet événement visait à lancer un débat sur l'avenir du parti avant que la course de 2028 ne prenne forme, et à définir un programme positif expliquant ce que défend le parti plutôt que de se limiter à une opposition à Donald Trump.
LES REPUBLICAINS EN EMBUSCADE
Côté républicains, les prétendants à l'élection de 2028 se sont montrés plus prudents, restant pour la plupart dans l'ombre de Donald Trump et s'efforçant de lui témoigner leur loyauté.
Mais cette attitude conciliante avec le locataire de la Maison blanche pourrait rapidement laisser la place à la tentation de s'écarter de Donald Trump après la débâcle de mardi.
Les électeurs ont exprimé leur profond mécontentement face à la gestion de l'économie et de la politique étrangère par Donald Trump et réclamé davantage d'actions contre la corruption au sein de l'État.
J.D. Vance se trouve dans une position particulièrement inconfortable, estime Matt Dole, stratège républicain. Le vice-président dispose de moins de marge de manoeuvre que d'autres prétendants potentiels à l'investiture républicaine de 2028 pour prendre ses distances avec Donald Trump, car sa fonction implique traditionnellement de défendre le président et sa politique.
"J.D. Vance n'a tout simplement pas la latitude qu'aurait un autre membre du gouvernement, qui pourrait démissionner", observe Matt Dole.
J.D. Vance a néanmoins avancé mercredi que la guerre contre l'Iran, déclenchée par Donald Trump en février et très impopulaire auprès des Américains, avait coûté l'élection aux républicains. Cela ne constitue toutefois pas une rupture nette avec Donald Trump, qui avait formulé le même constat mardi soir.
La personnalité qui émergera comme nouveau porte-étendard du Parti républicain devra préserver l'appui de la base MAGA de Donald Trump tout en reconstruisant la coalition plus large qui avait porté sa victoire en 2024. Les sondages réalisés à la sortie des urnes mardi ont montré que des composantes importantes de cette coalition, notamment les jeunes électeurs, les Hispaniques et une partie des hommes noirs, avaient abandonné les républicains.
J.D. Vance a déclaré qu'il existait "une possibilité" qu'il ne se présente pas, invoquant des considérations familiales, tandis que Marco Rubio a affirmé n'avoir "aucun projet à ce stade" de briguer la présidence.
Le gouverneur de Floride Ron DeSantis, qui avait sans succès tenté d'obtenir l'investiture républicaine face à Donald Trump en 2024, n'a pas exclu une nouvelle candidature à la Maison blanche.
Parmi les autres républicains considérés comme de possibles candidats figurent également la gouverneure de l'Arkansas Sarah Huckabee Sanders et le sénateur du Texas Ted Cruz.
(Version française Nicolas Delame)

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